© crédit photo/ Le Chant d’Ahmed

Mohammed Sadi est arrivé dans l’univers du cinéma par hasard à 65 ans. Repéré et engagé par Foued Mansour, il est le formidable acteur du film le Chant d’Ahmed.  Pour la 45è cérémonie des Césars, qui se déroule ce vendredi 28 février, l’Algérien originaire de Sidi Bel Abbès sera dans la salle parmi les 1700 convives pour “son film” qui concourt dans la catégorie du meilleur court-métrage. Entretien avec un jeune comédien plein d’allant.

Les césars de déroulent le 28 février à Paris. Quelle a été votre réaction quand vous avez su que le Chant d’Ahmed était nominé dans la catégorie du meilleur court-métrage?

Mohammed Sadi : Quand j’ai appris qu’on avait été nominés aux Césars, je n’en croyais pas mes oreilles.C’est Foued (ndla, le réalisateur) qui m’a mis au courant. Il m’a dit qu’on était en finale.J’étais ému. Mes paroles avaient du mal à sortir. 

Aviez vous déjà vu cette cérémonie à la télé?

Non, mais comme pour les Oscars j’en avais entendu parler.

Etes vous impatient d’y être?

Ah, oui !  Je suis impatient d’y être. C’est dingue.

Si le film remporte le prix, vous allez peut être monter sur scène. Cela vous fait-il peur?

Oh, la la. Il y aura 1700 personnes invitées, en costume et noeud papillon. Je me demande comment cela va se passer, comment je vais faire.Cela commence à mijoter dans ma tête. Je ne sais pas si je vais trembler ou pas. L’essentiel est d’être en finale. C’est ce qu’on voulait.Le César, ce serait la cerise sur le gâteau.

Quand vous étiez plus jeune, alliez vous au cinéma?

Oui, j’allais beaucoup au cinéma.Un peu moins en France. Le samedi soir au lycée, ils nous montraient des films. J’aimais beaucoup les western avec Clint Eastwood, Steve Mac Queen, Charles Bronson, Kirk Douglas. J’ai beaucoup aimé deux films français, un avec Annie Girardot qui s’intitulait Un peu de soleil dans l’eau froide, et l’ autre étant Z de Costa Gavras. J’aimais bien aussi Louis de Funès.

Vous découvrez le monde du cinéma depuis 2 ans, comment vous le vivez?

Je suis resté suis humble. Je sais d’où je viens. Je suis devenu comédien malgré moi.Je n’aurais jamais imaginé même dans mes rêves que je ferais un jour du cinéma. C’est lui qui est venu vers moi. Foued cherchait pour son film un immigré qui s’approche de la retraite.Il a fait des casting avec 15 acteurs professionnels. Il n’a pas eu le feeling. Alexis, son chef costumier habite le 18è arrondissement de Paris. Il lui a parlé d’une association de quartier dirigé par Ara Rachid.Quand ils sont venus, Rachid leur dit qu’il y avait quelqu’un qui pouvait correspondre au profil. Je suis entré à ce moment là dans la cuisine avec un caddie. Ils étaient tous les trois assis. Quand je suis sorti Rachid a tiré la chaise et m’a demandé de m’asseoir. 

Cela a dû vous interpeller?

Je me suis demandé ce qui se passait. Foued m’a alors dit qu’il cherchait un acteur principal pour un court-métrage.Je lui ai demandé de répéter. Je lui ai répondu que je n’avais jamais fait cela et que je ne le ferai pas. Il m’a dit de ne pas m’inquiéter.Il m’a montré le scénario qui était d’une certaine épaisseur.Je lui ai dit que je mettrais deux ans pour l’apprendre. J’ai refusé. Je m’apprêtais à partir quand Rachid m’a pris par le bras en me demandant de me rasseoir.

Comment Foued Mansour vous a-t-il convaincu de jouer dans son film?

Il m’a dit de faire des essais et qu’il me corrigerait en même temps.Il jouait Bilal et moi j’étais dans mon rôle. Chaque fois que je me trompais, il me corrigeait tandis qu’Alexis filmait. Il nous est arrivés de faire jusqu’à 14 prises. Je lui disais alors de se rendre à l’évidence et que je n’ y arrivais pas.Il a insisté pour que je continue .Le troisième jour, c’est parti tout seul.Il avait confiance en moi.Ils ont amené les rushes à la production. On a dit à Foued que j’étais l’homme de la situation. C’est comme cela que ça s’est fait.

La première fois que vous vous êtes vu à l’écran, qu’est ce que cela vous a fait?

C’était dingue (surpris). J’ai été le premier à voir le Chant d’Ahmed. J’ai harcelé Foued pour qu’il m’appelle une fois que le film serait terminé. Dès que j’ai vu ma tête, je me suis dit : « ou la la, c’est moi ça ! ». Sur grand écran, ce n’est pas comme sur un portable ou à la télé. On voit son nom en grand. C’est quelque chose.C’est fabuleux. J’étais ému. 

Hollywood, c’est pour quand ?

Et pourquoi pas ! Le film tourne dans une vingtaine de villes jusqu’à la fin 2020. J’ai un ami qui me taquine en me disant : «  le balai à Hollywood, le balai à Hollywood ». On a eu un prix au festival de Palm Spring.

Avez vous participé à d’autres films depuis le Chant d’Ahmed?

J’ai tourné dans le film Gagarine. J’ai aussi fait un court-métrage, Les Mauvais garçons à Nancy.

Comment avez vous été choisi pour les deux rôles?

Pour Gagarine et Les Mauvais Garons, les producteurs m’ont vu dans le Chant d’Ahmed à Clermont-Ferrand lors du festival du court-métrage. La productrice des Mauvais Garçons connaissait Rafael, le producteur du Chant D’Ahmed. Elle lui a demandé mes coordonnées. J’ai accepté parce que c’était Rafael, le premier qui a eu confiance en moi. 

Vous sentez vous comédien à part entière aujourd’hui?

Ah oui, ça y est.  C’est parti.

Comment votre famille a-t-elle réagi en Algérie?

Oh, la la. Ils sont contents pour moi que ce soit à Sidi Bel Abbès ou à Oran.

Et vos enfants?

Ils n’auraient jamais imaginé que leur père deviendrait comédien.

Qu’est ce qui vous plait dans ce milieu? 

Tout me plait. Je n’aurais jamais imaginé un jour que les gens s’occuperaient de moi.

Y-a-t-il des choses qui vous surprennent?

J’apprécie l’amitié qu’il y a entre les acteurs, avec l’équipe technique.On reste en contact.On s’appelle avec le réalisateur, avec le producteur. 

Est ce que c’est difficile de faire l’acteur? 

Au début, j’avais peur. J’étais devant la caméra et derrière il y avait une quarantaine de personnes. On tournait dehors avec les gens qui passaient. C’est stressant.Tourner la nuit et surtout l’hiver a aussi été difficile. On a fait le Chant d’Ahmed, en plein mois de février. Il faisait -3 degrés. Il neigeait. J’en ai bavé. Parfois, je voulais quitter le tournage. Il y a aussi le fait de se tromper pendant une prise. Un mot de travers et il fallait tout recommencer. 

Et maintenant pour les autres tournages, comment vous sentez vous? 

Heureusement que ma fille est mon coach.Quand on m’envoie le scénario avec mes prises, elle me donne la réplique.Je n’apprends pas le scénario d’un seul coup.On me donne une feuille de route la veille pour le lendemain et moi j’apprends.

Vous assurez la promotion du film en rencontrant le public. Comment cela se passe t-il?

Nous avons récemment été à la rencontre des collégiens et lycéens de Suçy en Brie et de Champigny sur Marne. Il y a un jeune qui a interpellé Bilal en lui demandant s’il avait beaucoup d’argent (rires). Ils entendent parler des grands acteurs américains. Alors pour eux, faire du cinéma c’est être riche.

Aimeriez vous tourné avec des acteurs ou actrices connus?

Je vais pas à pas dans ce métier.Je n’ai jamais pensé à cela mais tout est possible dans la vie.J’aimerais bien. C’est normal.N’importe qui pourvu qu’il soit célèbre.

Et faire des films en Algérie?

J’aimerais beaucoup tourné en Algérie. Même en arabe.

Entretien réalisé par Nasser Mabrouk