
Quelques jours après avoir décroché la médaille d’or en individuel et en équipe aux Championnats d’Afrique au Maroc, dans la discipline du sabre, nous sommes partis à la rencontre de Zohra Kehli. Confiante et détendue, la jeune Bagnoletaise de 21 ans est revenue, en toute modestie, sur sa performance marocaine avant d’évoquer les Jeux Méditerranéens d’Oran pour lesquels elle entrera en lice cet après midi. Entretien avec un talent !
Une semaine après avoir glané deux titres aux Championnats d’Afrique d’escrime, êtes vous redescendue de votre nuage?
Zohra Kehli : Je n’ai jamais été sur un nuage. Je reste toujours la même.C’est déjà oublié pour espérer ramener d’autres titres à l’Algérie.
On vous a vu très expressive. Quel était alors le sentiment qui vous a animé ?
C’est la façon dont je m’exprime sur la piste.C’était spécial. J’étais soulagée et heureuse parce que c’est l’escrime.J’ai gagné et on a gagné par équipe. On passe à la suite. On travaille pour décrocher d’autres médailles au pour le pays. Cela fait toujours plaisir de lever le drapeau algérien en Afrique et d’entendre notre hymne.
Vous attendiez vous à un tel résultat?
J’étais partie libre et sereine. Je me suis dit qu’il fallait s’amuser, y aller match après match et que cela allait venir.Je me suis préparée à tout.C’est un sport de combat dont le but est de gagner. On a réussi à rendre fier notre pays.
C’est aussi une manière de s’enlever de la pression…
Oui.
L’avez vous appris avec le temps?
Je l’ai appris avec mon entraineur (ndlr, Christian Bauer). Il me dit que le plus dur, c’est l’entrainement et que la compétition ne doit être que du plaisir.
La discipline du sabre que vous représentez a raflé deux breloques. Cela doit être une fierté pour vous?
Cela fait 20 ans que le titre n’a pas été gagné par l’Algérie en individuel et en collectif.Sans prétention, avec la délégation algérienne, on a marqué l’histoire.C’est une satisfaction pour les athlètes et pour tout le staff.
A titre personnel, vous avez remporté une médaille en individuel et en équipe.Quelle est celle qui vous donne le plus de satisfaction?
Les deux car ce sont deux manière de travailler avec des réflexions différentes.L’individuel, c’est la concrétisation du travail qui a porté ses fruits.On se base avant tout sur soi et sur les entrainements.On doit se faire confiance. En équipe, on doit se soutenir, compter les uns sur les autres.C’est un travail de cohésion que l’on a réussi à harmoniser tous ensemble.
Quelle finale a été a plus difficile à gagner par rapport à l’adversité?
C’est compliqué d’y répondre. En individuel, le plus dur a été de manager les trois heures d’attente avant la finale. La compétition n’étant pas finie, il fallait rester en mouvement et concentré. On est en finale, il y a la pression avec la télévision, le Consul d’Algérie qui est présent – je le remercie au passage au nom de toute la délégation pour son sens de l’accueil durant le tournoi -, le drapeau à satisfaire. Il faut se faire confiance et se dire qu’on est capable de le faire. En équipe, la difficulté est de se réveiller le lendemain d’une grosse compétition en individuel.Il faut se dire qu’on ne doit pas commettre d’écart, qu’on doit tirer sans pression, réussir en équipe en faisant le moins d’erreur possible et imposer le jeu.

Vous n’avez ni participé aux derniers Jeux Olympiques ni aux Championnats d’Afrique seniors qui ont été annulés. Etiez vous revancharde en arrivant au Maroc?
Le passé et les événements antérieurs ont fait que je me suis donnée encore plus. C’était une force et une motivation.
Cela fait 3 ans que vous avez changé d’entraineur pour vous aller chez M Bauer et passer un cap. Dans quels domaines pensez vous avoir progressé?
Dans tous les domaines : mental, physique, technique, tactique.Comme il aime à me le répéter : « si on n’a pas de technique, on n’a pas de tactique ». Tous les athlètes de l’académie ont progressé.
Lors de notre dernier entretien, durant le confinement, vous disiez ne pas avoir de points de comparaison dans votre progression en raison de l’absence de compétition. Depuis la reprise des tournois, pensez vous avoir un franchi un cap?
Oui, dans la confiance en moi. Sur le plan comportemental, j’ai appris à me faire confiance.Parfois, j’étais un peu passive sur la piste. Je ne comprenais pas forcément qu’être agressive ce n’était pas de faire mal mais de s’imposer sur la piste C’est un point sur lequel j’ai beaucoup travaillé.C’est venu progressivement.Entre temps, j’ai aussi grandi.
Est-ce une manière de dire qu’il faut davantage dans l’action que dans la réaction?
C’est tout à fait cela. Il faut à la fois se laisser contrôler pour faire croire et casser pour reprendre le dessus.
Vous avez vu la cérémonie d’ouverture des Jeux Méditerranéens(JM) Oran 2022. Comment l’avez vous vécue?
C’était très beau. De l’extérieur, c’est un travail monstrueux ce qu’ils ont réalisé.Il faut les féliciter. J’ai hâte d’aller à l’entrainement et d’y participer avec ce public. A domicile, c’est un honneur.
La concurrence aux JM devrait être supérieure à celle des Championnats d’Afrique. Quels seront vos objectifs à Oran?
Les compétitions sont vraiment toutes différentes. Il y a toujours des athlètes qui ont participé aux Jeux Olympiques et qui sont toute l’année sur des tournois internationaux. Je ne me fixe donc aucun objectif si ce n’est de gagner match après match.Je ne veux pas me projeter pour au final ne pas réaliser mes attentes. C’est une forme de préparation mentale.
A 21 ans vous avez déjà 4 titres en poche. De quoi peut encore rêver Zohra Kehli?
Je ne suis qu’au début de ma carrière. Je rêve de continuer sur cette lancée et de remporter des titres internationaux et olympique.L’objectif fixé par la délégation et ministère, c’est de se qualifier par équipe pour 2024.
Entretien réalisé par Nasser Mabrouk












































