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Récemment diplômé de la licence UEFA Pro, Amar Boumilat a évolué en tant que joueur professionnel à Toulon et Marseille avant de s’orienter vers le coaching où il a été, entre autres, l’adjoint de Roland Courbis, d’Hervé Renard ou de Vladimir Petkovic qu’il a connu à Sion (Suisse), en 2012. Pour Dzairworld, le Franco-algérien de 50 ans a accepté de nous parler du sélectionneur de l’Algérie qui disputera mardi (17h), avec les Fennecs, un huitième de finale de CAN face à la République Démocratique du Congo.

Vladimir Petkovic découvre la CAN avec l’Algérie. Comment jugez vous ses trois premiers matchs lors de la phase de poule ?

Amar Boumilat :  Très bien. Il a bien géré le premier match. C’est ce qu’il faut faire quand on attaque une telle compétition. Cela permet de se positionner pour une qualification. Ensuite, il a enchainé contre le Burkina Faso qui n’est pas une équipe facile.Trois matchs, trois victoires. C’est une belle entrée en matière.On ne peut pas dire cela de toutes les équipes.

Vous a-t-il surpris par ses innovations tactiques pour son troisième match ?

Après le match contre le Burkina Faso, il a eu la qualification en poche.Il s’est dit qu’il allait faire un peu tourner son équipe en donnant du temps de jeu et en faisant participer les jeunes joueurs pour qu’ils progressent. 

On a l’impression tout de même que l’équipe a joué différemment contre la Guinée équatoriale.

Je trouve que c’était dans la lignée de ce qu’ils ont fait. A partir du moment où il n’y a pas le même onze de départ, on peut noter des différences. Quand on joue sans pression, c’est différent. J’ai senti les Algériens beaucoup plus libérés.

Beaucoup avaient des doutes sur le sélectionneur avant le début du tournoi. Pensez vous qu’il a rassuré le public ?

C’est un peu trop tôt pour dire qu’il a rassuré ou pas. Tous les matchs qu’il gagnera lui donneront raison. Il est bien parti. Jusqu’où va-t-il aller dans le tournoi? Si demain, cela s’arrête contre la République Démocratique du Congo (RDC), que va-t-on dire ? 

Vous l’avez connu à Sion en 2012. Quel type d’entraineur était-ce ?

Il n’a pas vraiment évolué sur l’aspect visuel, depuis 2012. C’est le même personnage réservé. Il n’est pas démonstratif. En interne, c’est un travailleur qui connaît bien son métier, et le football. C’est un ancien joueur professionnel. Il a très bien travaillé avec la sélection suisse. L’Afrique, c’est une nouvelle aventure. Ce qu’il fait est très correct. Il a qualifié l’équipe pour la CAN et la Coupe du monde. Il est en huitièmes de finale. Il a le vent en poupe. Espérons qu’il aille le plus loin possible avec cette équipe. 

©crédit photo/FCSion

C’est un sélectionneur qui parait être en retrait et d’un calme olympien. Etait-ce le profil qu’il fallait pour les Verts après le caractère tempétueux d’un Djamel Belmadi ? 

Il ne faut pas oublier que Djamel a gagné la CAN avec les Fennecs. Je ne sais pas si c’était ce profil qu’il fallait à l’Algérie. On aurait pu en avoir un autre. Le choix de la DTN, c’était d’avoir un entraineur qui ait beaucoup d’expérience, et de la réussite à l’international pour encadrer les jeunes.

Quelle a été votre réaction quand vous avez appris sa nomination à la tête des Fennecs, en février 2024 ?

J’ai été un peu surpris.Je ne pensais pas qu’il allait entrainer en Afrique. Avec ce qu’il avait fait avec la Suisse, je le voyais prendre un club ( ndlr, le Bosno-suisse a entrainé les Girondins de Bordeaux lors de la saison 2021/2022). Ils ont pris un sélectionneur qui a fait de très belles choses avec la Suisse. Il a battu la France à l’Euro 2020 (3-3, 4 tab à 4), et a qualifié pour la première fois les Suisses pour les quarts de finale. L’Algérie a trouvé un grand sélectionneur mais elle doit construire tout autour comme le fait le Maroc. Il y a beaucoup d’entraineur de la diaspora algérienne qui aimeraient apporter leur savoir faire car ce pays le mérite.  

On parlait du caractère un peu effacé de Petkovic. Pensez vous qu’il soit capable d’imposer des choix forts de joueurs lors de la constitution de ses listes ou pendant les matchs ?

Je pense que c’est déjà fait. Il a mis des joueurs que peu de monde connaissaient comme Maza. Il croit en la qualité des joueurs. Il mettra toujours le meilleur onze sur le terrain parce que l’objectif, c’est de gagner.  

Les Fennecs défient mardi les Léopards du Congo.Comment voyez vous cette rencontre ?

Ce sera très difficile. La RDC, c’est une grosse équipe solide. Il y a de très bons joueurs. Il va y avoir un duel de styles avec deux formations qui se valent. Pour moi, c’est le premier test match pour le coach. Cela va se joueur sur les stratégies d’équipe, sur la manière d’aborder et de gérer la rencontre. 

Les points forts de la RDC sont la vitesse, l’explosivité et la technique.Comment l’Algérie peut-elle contrer ce genre d’adversaire ?

En limitant le maximum d’espaces quand l’Algérie n’aura pas le ballon. En ne perdant pas le cuir trop bas, en tombant pas dans la facilité et en restant concentré. Dès la perte de balle, il faudra presser direct pour prévenir et anticiper la profondeur. Ils devront éviter de prendre des risques inutiles sur les ballons latéraux qui peuvent être interceptés car la RDC a énormément de percussion. Il faudra essayer de construire le jeu quand ce sera possible ou jouer plus long et direct. Mais quid de l’attitude des Congolais ? Vont-ils se poser en attendant une erreur des Algériens pour partir en contre-attaque? Il faudra aussi marquer le plus rapidement possible. Cela les forcera à jouer car l’Algérie aura des espaces avec des joueurs rapides et techniques qui peuvent faire la différence à n’importe quel moment.

Dans quelques mois, l’Algérie va retrouver le Mondial après 12 ans d’absence Estimez vous que Vladimir Petkovic est capable de faire mieux que Vahid Hallilhodzic ?

Je lui souhaite. Je ne pense qu’il va se challenger en se disant qu’il veut faire mieux que Vahid. C’est plus une réflexion de fans. Il va toujours vouloir faire mieux par rapport à lui. L’idée serait de se dire pourquoi ne pas faire mieux que le Maroc ? Il ne faut pas se donner de limites. Chaque compétition est une histoire. Dans l’histoire de chaque compétition, il y a un match, et chaque match est un chapitre. On commence chapitre par chapitre. Il va d’abord écrire une histoire maintenant. S’il gagne la CAN, il aura fait mieux que Vahid. Ensuite, il aura une histoire aux Etats Unis. 

Avec le plein de confiance…

Oui, et avec l’adhésion des fans algériens. C’est cela qui va aussi être important, qu’il y ait du beau jeu ou pas. Je me rappelle qu’au Qatar, en 2022, les Marocains ont donné beaucoup de force à leur sélection. C’est important de sentir qu’on joue à domicile. Il ne faut pas oublier l’impact des supporters. 

Entretien réalisé par Nasser Mabrouk