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Wassim en compagnie de Hamza Serrar lors de la signature du contrat professionnel

Wassim Aouachria a traversé la Manche pour devenir footballeur professionnel au Charlton Athletic (Championship). A 19 ans, le Marseillais admet qu’il est aussi devenu un “homme”.  Grand espoir du club londonien, le solide attaquant (1m91, 85 kg) se remet d’une grave blessure au genou contractée lors de la reprise estivale avec l’équipe première. Alors qu’une saison blanche se profile pour le Minot, le moral est au beau fixe et l’ambition intacte pour celui qui rêve du maillot des Fennecs.

Vous avez été longuement blessé en vous faisant les croisés. Comment vous sentez vous aujourd’hui?

Wassim Aouachria : Le club de Charlton m’a autorisé à rentrer dans ma famille à Marseille pendant la durée du confinement. Je fais tranquillement ma rééducation. Cela fait huit mois que je me suis blessé..Entre le 8 et 9è mois, c’est le moment où le travail doit être intensif.Pendant un mois je vais carburer. Le préparateur physique m’envoie un programme chaque semaine. Je suis comme un joueur qui fait sa pré-saison.

Avant le confinement, aviez vous déjà repris les entrainements collectifs?

Non.Je me prépare jusque fin avril, puis je coupe deux à trois semaines, et je reviens pour une pré-saison. Il n’y a pas d’obligation de résultat étant donné que je ne suis pas un joueur de l’équipe première.Cela ne sert à rien de bruler les étapes. 

Vous vous étiez blessé lors de l’avant-saison avec l’équipe professionnelle, est-ce bien cela?

Je m’étais préparé pendant une semaine avec les seniors avant ma blessure. Cette année devait être celle de la transition. Je devais être le 3è ou 4è attaquant et alterner les matchs entre l’équipe Une et les U23.

Qu’apprend-on d’une telle blessure? 

Au delà de l’aspect sportif et médical, car je m’étais déjà fait les croisés à 16 ans, je suis devenu un homme. Quand on est blessé, jeune et loin de la maison, cela forge le caractère. J’étais parti pour jouer au football. Je me suis retrouvé un an sans jouer. On apprend mentalement. C’est une année durant laquelle j’ai cravaché.

Votre père est un ancien international algérien de Handball. De quelle manière vous a-t-il aidé au niveau du mental? 

Je lui dois énormément, si ce n’est tout. Il me rappelle qu’une carrière est courte et qu’il faut serrer les dents pendant 10-15ans.Il m’a dit que la blessure était la routine du sportif de haut niveau. Il m’a rassuré. C’est dans ces moments là qu’on se rend compte de l’importance des parents. Depuis le premier jour où j’ai été blessé, il n’a cessé de m’appeler pour savoir comment cela se passait. Cela a été mon soutien numéro 1, avec ma mère.

Vous semblez ne jamais avoir autant travaillé que cette saison

Quand j’ai signé à Charlton en janvier 2019, j’ai pris conscience de ce que je devais faire. Je mesure l’importance du travail dans la vie de tous les jours.Aujourd’hui, c’est quotidiennement du 9h-17h.Je remercie Dieu d’avoir eu cette blessure car cela m’a ouvert les yeux sur ce qui reste à faire pour arriver au plus haut niveau.

Comment vivez vous l’entrainement dit « invisible »?

La nourriture, la boisson et le sommeil, c’est 70% de l’entrainement. Ce que j’ai le plus changé, c’est l’alimentation. Quand on mange mieux, on mange moins.On se sent mieux. On récupère plus vite. Avant, je prenais des sandwichs, des boissons sucrées.Aujourd’hui, il y a une société de diététiciens qui travaille avec le club. Il me livre des repas à base de riz, de poulet, de légumes. Je privilégie aussi le chocolat noir et le pain complet. J’ai arrêté le lait. Je ne prends que des yaourts sans matière grasse. Je suis passé du jus d’orange au jus frais. Ce sont des détails qui font qu’on se sent mieux sur la durée.

Depuis combien de temps êtes vous sous contrat avec Charlton?

J’ai signé mon contrat en janvier 2019. Auparavant, j’avais fait 6 premiers mois, en 2018, au centre de formation de l’Olympique de Marseille. J’étais en U19 deuxième année. Je sentais que je ne progressais plus alors que la marge de progression n’était pas finie. Si on ne joue pas en National 2 (4è division), c’est que c’est mort. M Cassini, le Directeur du centre de formation a été réglo avec moi en me libérant..Ma volonté était d’aller en Angleterre. Il fallait que je redémarre de zéro, dans un environnement où personne ne me connaissait. Je devais partir de la maison et me fixer un nouveau challenge. 

Y-a-t il des choses qui vous ont surpris quand vous êtes arrivé dans ce club?

Je dirais l’intensité des entraînements et du travail. J’ai aussi été impressionné par la manière dont le manager ou le préparateur physique sont à l’écoute des joueurs. Je n’ai connu que l’OM qui est une usine. Ici, c’est plus familial. Ils sont plus focus sur la formation. Quand on a un problème, le Directeur du centre de formation vient nous parler. On peut aussi aller le voir quand on veut. Il y a aussi des intervenants extérieurs au club.

Estimez vous qu’il y a un fossé important entre les U23 et l’équipe Une?

Techniquement, on n’apprend plus rien à notre âge. Cela se joue davantage sur le terrain, au niveau de la transition et de l’intensité.On court beaucoup plus. La différence est donc mentale. C’est la passerelle la plus compliquée sur la durée. On peut rester parfois un an et demi entre les deux équipes. C’est à ce moment que beaucoup flanchent. Si on passe, c’est le déclic. La carrière est alors lancée. 

Pouvez vous nous dire le type de joueur que vous êtes ?

J’ai du caractère. Je n’aime pas perdre. Je ne suis jamais rassasié.A la base, je suis numéro 10. J’ai du flair et une première touche de balle intéressante. Je suis rapide, puissant. J’ai une bonne frappe. Je suis assez complet offensivement mais je dois encore travailler beaucoup de choses. 

Quels sont ces points que vous devez travailler?

Je dois surtout travailler mon volume de jeu. En Angleterre, si on ne réagit pas à la perte de la balle, on est tout de suite contré.Je dois être toujours en mouvement. Je peux encore améliorer mon jeu de tête. Mes appels de balle devant le but doivent aussi être parfaits. J’ai envie d’apprendre. J’ai des coachs qui croient en moi.

Comment définiriez vous Hamza Serrar, votre coach?

Je lui dois beaucoup. Il croit en moi.Il me prend souvent à part. Il me fait penser à mon père dans le sens où il va pointer les choses négatives pour me faire progresser.Avant que je ne me blesse, chaque lendemain de match on regardait mes actions sur video. Pendant 20-30 minutes, il me corrigeait pour que je fasse la fois d’après ce qu’il attendait de moi. Il est constamment dans la recherche de la perfection. Il est très travailleur. Il aime le beau jeu.

Il vous a replacé un cran plus haut sur le terrain. Comment vous sentez vous à la pointe de l’attaque?

Au début, j’étais un peu sceptique car je n’avais jamais joué numéro 9. Dans ma tête, j’ai toujours été un numéro 10. C’est parfois compliqué de débloquer une idée qu’on a en tête. Par la suite, je me suis rendu compte que les deux postes n’étaient pas si différents tactiquement.Les numéro 9 et 10 sont liés. Quand on est meneur de jeu, celui qui fait l’appel devant nous, c’est l’avant-centre. Je ne suis pas dénaturé par le poste que j’occupe aujourd’hui. J’ai juste moins le ballon. J’ai aussi plus de responsabilités. Je peux faire gagner l’équipe ou avoir la pression si je ne marque pas. Cela ne me fait pas peur.

Le fait qu’il soit Algérien vous a-t-il aidé?

Tout à fait. Il y a un feeling naturel. On parle arabe et français. On a beaucoup de points communs par rapport au football.En Angleterre, ils aiment le football intensif qui peut se faire au détriment du jeu.Hamza lui aime garder le ballon.

Comment avez vous vécu le sacre algérien lors de la dernière CAN?

J’étais en Angleterre. Ils m’ont redonné le sourire car je venais de me faire opérer des croisés. J’étais dans mon lit. Je sautais sans sauter. Quand c’est le pays, on ne peut pas expliquer. La petite expérience que j’ai eue avec la sélection des U20 est la plus forte que j’ai eue. Ce sont ces émotions là que je recherche dans le football.

Quel type d’entraineur est Boualem Charef que vous avez eu comme sélectionneur avec les U20?

Il me fait penser à Bielsa. Ils sont très engagés dans leurs idées tactiques. Ils vivent le foot à fond. Il est très sévère. Il ne te loupe pas quand tu te rates. Pendant les 2-3 mois durant lesquels je l’ai côtoyé, il ne m’a jamais donné un conseil tactique qui s’est révélé faux. Il a un oeil tactique, c’est impressionnant.  

Quelles sont vos ambitions en tant que footballeur ?

Jouer en Premier League et revenir à l’OM. Mon plus grand rêve serait aussi de disputer une Coupe du monde avec l’Algérie. La sélection, c’est l’émotion. C’est le peuple le plus fier au monde de ses joueurs. 

Entretien réalisé par Nasser Mabrouk